Interview

Interview de Flora, fondatrice de PariSolidari-thé et mon expérience de jeu de piste solidaire aux Grands Voisins

J’ai interrogé Flora Doubilet, la fondatrice de PariSolidari-thé. Quelques jours après cet interview, j’ai testé un de ses parcours: les Grands Voisins dans le 14e. Retour sur cette super expérience. 

Le restaurant l’Oratoir. Le service et la cuisine sont en partie assurés par des personnes en insertion.
L’apiculture sur les balcons des Grands Voisins
Street art de Jace

Bonjour Flora, peux-tu m’expliquer ton concept?

J’organise des jeux de pistes solidaires depuis 2015. L’idée est d’être curieux et de partir à la découverte d’un quartier. Nous avons 12 parcours à Paris et un à Ivry pour le moment. Nous en avons d’autres en cours de création, ou en cours de réflexion. Le principe est de venir en ne sachant pas vraiment ce qu’on va découvrir, ni qui on va rencontrer durant le parcours. Ce sont des parcours de 2-3h sur différents territoires. Sur place, nous faisons des équipes de 4 à 7 participants. Parfois les gens se connaissent un petit peu, parfois pas du tout. Ce qui m’intéresse c’est de mélanger les gens le plus possible, avec des profiles très différents. Ces petits groupes vont se promener dans un quartier avec une feuille de route. Ce n’est pas nous les guides, ce sont eux, grâce à cette feuille de route. Ils se promènent en autonomie dans le quartier et à chaque étape, ils rencontrent des partenaires. Ça peut être une ressourcerie, un jardin partagé… On s’arrête sur place pendant 5 à 20 min pour y faire des rencontres, poser des questions, mieux comprendre le quartier dans lequel on se trouve. Les équipes ont aussi des missions, ça reste ludique. L’idée c’est de ne pas venir avec un esprit de compétition. Il n’y a pas de gagnant! Tout est conçu pour qu’au bout de 2-3h, les membres aient appris beaucoup de choses les uns des autres.

Image associée
Flora Doubilet – Fondatrice de PariSolidari-thé

Là, je vous parle des jeux de pistes grand public. Ils sont programmés le samedi à 14h. On a une équipe d’animateurs qui encadre les jeux de pistes sur place. Ils sont là à chaque étape pour s’assurer que tout se passe bien, qu’il y ait une bonne ambiance dans l’équipe. Ils sont présents chez les partenaires. À la fin, ils sont très présents pour le debrief, les réponses aux questions de la feuille de route.

Est ce que tu as d’autres villes prévues dans tes projets ?

Pour le moment on est beaucoup à Paris et en région parisienne mais on a des projets pour Montreuil. Il y a beaucoup d’initiatives dans cette ville. J’aimerais bien qu’il y ait des parcours à Lyon, Nantes. Pourquoi pas Marseille, Lille… Ailleurs aussi, à l’étranger pourquoi pas! Il faut réussir à exporter le concept, et que quelqu’un s’en empare de manière respectueuse.

En quoi ton concept s’inscrit dans le tourisme durable?

Nous respectons le territoire dans lequel nous allons. C’est pour ça qu’on a que des petites équipes. Le fait de venir en petit groupe, ça permet de ne pas envahir le territoire, de participer au tourisme de masse. Les habitants viennent voir les groupes. On incite les participants à poser des questions aux passants, aux commerçants… Faire participer les habitants dans la ville crée beaucoup d’interactions, beaucoup de rencontres, d’histoires marrantes ressortent. Les petits groupes permettent de ne pas déranger, et de créer des connexions avec les habitants.

Nous faisons aussi attention où nous allons. Nous cherchons à être dépaysés dans notre propre quartier… alors, nous cherchons beaucoup les petites rues, les petites impasses, être loin des grands boulevards, de la ville. On va dans les parcs, dans la campagne de Paris, comme si on était dans un village, en Province, pour que les gens soient surpris. On fait attention aux rues dans lesquelles on passe. On accorde un grand respect au territoire et à ses habitants.

L’idée est de faire découvrir des associations, des entreprises sociales, des boutiques engagées, plein de passionnés en fait! Les gens ressortent très étonnés de voir qu’il y a autant de choses autour de ce tissu associatif. L’idée est de les impliquer pour qu’ils puissent y retourner, donner à la ressourcerie, acheter des objets. C’est aussi de l’économie circulaire, c’est bon pour la planète et pour leur porte monnaie! Ce sont des achats engagés.

Est ce que ça pousse les participants à s’engager en tant que bénévole?

Il y en a qui reviennent pour déposer des livres, qui postulent pour travailler sur place. En tout cas, ça pousse à la réflexion. Les associations trouvent ça super qu’il y ait des groupes de jeunes qui connaissent leur concept. L’échange avec les partenaires est important, ils voient en quoi c’est utile pour eux que les participants les visitent. Pour les partenaires, c’est un nouveau mode de visibilité. Quand c’est un café, un lieu où on peut acheter des choses, il y a toujours des achats. Nous ne poussons pas à la consommation mais les gens aiment bien ramener un petit souvenir.

Tu as beaucoup voyagé, est ce que ce concept est venu d’un de tes périples ? Comment as tu eu l’idée ?

C’est forcément lié. Quand j’ai voyagé je cherchais beaucoup à rencontrer plein de gens, à discuter avec les autres, à essayer de comprendre leur culture. J’étais beaucoup à avoir envie de m’ancrer dans la culture locale. Quand j’ai habiter 3 mois à Barcelone, j’adorais la faire visiter à mes amis, ma famille. Chercher les bons plans de la ville pour les partager… et j’ai été aussi beaucoup dans une association Youth for Understanding, qui est autour des échanges interculturels. Il y a des jeunes Français qui vont à l’étranger 2, 3, 6 mois ou un an. Et des jeunes étrangers qui font la même chose en France. Dans l’association, je me chargeais de la coordination des bénévoles d’île de France pour organiser plein d’actions. J’ai eu l’idée de créer un jeu de piste à Montmartre pour les jeunes étrangers de 14 à 17 ans, pour faire découvrir le quartier et la culture française aux jeunes qui étaient en région parisienne à ce moment là. Ça m’a beaucoup plu de faire toutes ces recherches, de parcourir les rues et de chercher quelles questions j’allais poser pour faire partager des choses à d’autres personnes qui n’ont pas la même culture que nous. Quand je fais un repérage pour un parcours, maintenant j’ai l’impression que mon regard est beaucoup plus aiguisé! À force d’observer, d’être attentive à tout ce qui se passe autour de moi. Quand je voyage aussi, je suis très ouverte à tout ce qui se passe autour de moi. Quand les gens viennent au jeux de pistes solidaires, il faut juste être curieux et ouvert d’esprit.

Quels sont tes grands chantiers pour 2019 ?

J’ai plein d’idées ! Cette année, j’aimerais créer de nouveaux parcours, à Paris et en région parisienne. On a un super partenariat avec la Mairie du 18e arrondissement. Elle aimerait créer un parcours pour mettre en valeur de nouvelles initiatives: une mielerie collaborative, une laiterie où on fabrique le fromage sur place, des épiceries de vracs…On peut aussi faire des parcours pour les entreprises, en semaine, pour des team bulding etc, pour ne pas que les gens prennent le métro, aillent au travail, sans regarder ce qu’il y a autour. On a un beau projet de nouveau parcours pour avril. À Montreuil, on monte plusieurs parcours, on est en lien avec Est Ensemble. On espère avoir des contact avec la ville de Montreuil. J’aimerais créer des parcours dans le 10e et le 11e : c’est un peu les territoires qui nous manquent à Paris. Autour de Paris, à Romainville, à Saint Ouen… il y a plein de choses à faire! L’année prochaine, on aimerait aller à Lyon, Nantes et ailleurs. Cette année on fait aussi des EVJF, EVG, ça marche très bien ! On est aussi très ouverts à tout ce qui est tourisme étranger. J’ai aussi un projet de marché solidaire pour mettre en avant des initiatives. On aimerait proposer ça aux collectivités.

Quel est ton coup de coeur?

En 2015 on a démarré les jeux de pistes par le 14e, le parcours va de Porte de Vanves à Pernety et on finit au Moulin à Café, le café associatif, qui est un lieu hyper convivial, où on peut jouer aux cartes, au Scrabble… J’aime beaucoup faire ce parcours là, car on finit là-bas. C’est un lieu où on se sent à l’aise. C’est sur une place calme, ils ont une super terrasse où on ne se sent pas à Paris. Ça fait un peu café de village, c’est assez sympa !

La découverte des Grands Voisins

Suite à cet interview, j’ai donc testé le parcours des Grands Voisins. Je ne connaissais pas du tout ce lieu, avant de le visiter avec PariSolidari-thé. J’ai adoré ! Au sein de l’ancien Hôpital Saint-Vincent-de-Paul, c’est une véritable communauté de passionnés qui y réside.

La feuille de route dit : « Créer votre phrase de groupe grâce à ces mots »

Nous étions un groupe de 5 personnes: Aliénore, Claire, Juliette, Simon et moi. Après avoir un peu fait connaissance, nous avons suivi la feuille de route et pu rencontrer Jean-Philippe, de la Boulangerie Chardon des Grands Voisins, qui fabrique son pain dans une démarche anti-gaspi. Il récupère les invendus des légumes bios et les intègre à sa pâte à pain.

La Boulangerie Chardon

Nous sommes ensuite passé par une expo au Arts Voisins sur le thème de l’Origine du Monde.

Exposition « l’Origine du Monde »

Nous devions répondre à des questions, et pour cela, interroger des commerçants. Nous avons rencontré parmi les artisans, une femme qui fabrique des accessoires en cuir, grâce à du cuir de pomme ou d’ananas (oui oui !).

Chez Wwow

Nous sommes passés par la Ressourcerie Créative, qui organise régulièrement des ateliers DIY, en plus de trier et de vendre les vêtements/objets que les habitants leur amènent. La responsable nous a expliqué que les demandeurs d’asile, qui habitent les Grands Voisins, peuvent travailler bénévolement pour eux et récolter la monnaie locale pour s’acheter ce dont ils ont besoin (nourriture, vêtements, produits d’hygiène, tickets de métro…) Il y a en effet, 300 personnes hébergées dans 3 foyers aux Grands Voisins. L’association Aurore se charge d’aider les demandeurs d’asile dans leurs démarches administratives.

La Ressourcerie Créative
Carnaval aux Grands Voisins

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s